Jeudi 05 Février 2015,
Strasbourg.
Aujourd’hui, nous avions rendez-vous à l’Inspection de
l’Académie pour le contrôle annuel de connaissances de ma fille de 13 ans, B.
Ces contrôles sont devenus assez routiniers pour nous. Nous
les passons en général en matinée de 8H30 à midi. Ce fut le cas encore ce
matin.
B. a rencontré quatre professeurs : de Maths, de
Français, d’Anglais et d’Hist-Géo. Chaque professeur lui donne une série
d’exercices à préparer en 20 min. Ensuite, l’élève reprend les exercices avec
le/s professeur/s et discute ses difficultés les échéants. Le professeur en
profite pour demander à l’élève comment il travaille, combien d’heures il
consacre à la matière, quels supports il utilise etc…
Les contrôles se sont toujours déroulés dans la
bienveillance, à quelques petites exceptions près, et les rapports sont
toujours bons.
Ensuite, nous rencontrons un Inspecteur de l’Académie avec
qui nous discutons de nos choix pédagogiques et de nos projets d’avenir. Là
aussi, ils se passent généralement dans la bienveillance même si les IA ne sont
pas franchement partisans de l’IEF et souhaitent généralement nous convaincre
de rescolariser nos enfants.
Quoi qu’il en soit, ce matin les choses se sont bien
déroulées… L’IA a demandé à B. quel événement l’avait marquée dernièrement.
Nous nous attendions à cette question, nous en avions parlé
et B. s’est exprimée aisément sur le sujet en disant que tout un chacun avait
le droit d’exprimer ses idées, que les libertés de penser et de s’exprimer
étaient des droits fondamentaux et qu’il fallait se battre pour les préserver.
Par chance, B. aime beaucoup l’éducation civique et je n’ai pas eu besoin
d’intervenir ou de nuancer son propos : elle a été géniale.
Nous sommes ressorties très confiantes de ce énième contrôle
pédagogique.
Lundi
23 Mars 2015, Strasbourg.
Aujourd’hui est un jour noir.
Je n’aurais jamais pensé que ce qui nous arrive arriverait
un jour. Cela fait 10 ans que nous pratiquons l’IEF et tout s’est toujours bien
déroulé, tant au niveau des contrôles sociaux que pédagogiques. Je pensais que
l’IA connaissait bien notre famille et qu’ils nous faisaient confiance, surtout
vu le parcours des deux aînés. Je me suis bien trompée.
J’ai reçu aujourd’hui le rapport d’inspection de B. Et que
lis-je ? Ensemble alarmant, B. travaille mais trop superficiellement… bla
bla bla.
Je lis plus bas qu’elle sera reconvoquée la seconde
quinzaine de mai pour trois matières sur quatre : Français, Maths et
Histoire/Géo.
Ok, nous ne sommes pas très scolaires, je les laisse libres
d’apprendre ce qu’ils veulent quand ils veulent mais de là à ‘foirer’ le
contrôle à ce point, je ne peux y croire.
B. a très mal pris la chose… Elle pleure depuis ce matin.
Elle se révolte, les insulte, les déteste. Je la comprends. Je suis en colère
moi aussi. Nous étions sorties avec un bon ressenti.
Je suis passée par la culpabilité aussi. Et si
effectivement, elle avait du retard ? Et si je lui/leur laissais trop de
liberté ? Suis-je une mère irresponsable ? Ai-je pris trop confiance
en moi toutes ces années au point de ne plus être vigilante sur leurs ‘acquis’ ?
L’autogestion a-t-elle ses limites ? Ce sera une partie
de mon plan, d’ailleurs et cet incident me permet d’y réfléchir plus
sérieusement.
Le rapport à l’institution aussi est à mettre au travail.
Libres Enfants de Summerhill est mon livre de chevet ces
temps-ci et j’étais plus que jamais
convaincue que l’autogestion était la meilleure pédagogie sur le long terme. J’ai
relu de livre d’André Stern également.
Je suis d’autant plus ébranlée que cet incident arrive là,
maintenant, pendant cette année de recherche.
Mais je sais que ma méthode fonctionne. Elle a fonctionné
avec les deux grands. Je dois rester confiante tout en étant objective.
Il est vrai que l’année de la Quatrième (sur laquelle B. a
été contrôlée) est exigeante, mais quand même !
Je suis troublée, je vais aller dormir et réfléchirai demain
à la façon dont je vais réagir à tout cela.
Mardi
24 Mars 2015, Strasbourg.
La nuit dernière a été très mauvaise et ma journée
épuisante. J’ai appelé quelques familles IEF qui ont passé le contrôle avec
nous et ai trouvé trois autres familles dans le même cas, dont deux familles
musulmanes. L’autre a l’air catholique pratiquante.
Y a-t-il un lien ? Cette pensée m’a effleurée mais je
n’ose y penser.
Après avoir repris les fiches-bilans en détail, j’y trouve de
nombreuses incohérences. Les fiches-bilans des professeurs ne sont pas
mauvaises, loin de là. C’est la synthèse de l’IA qui est caricaturale. Elles
reprend les petits points négatifs (les profs en trouveront toujours et je le
conçois) et les amplifie…
J’ai envoyé un mail au service juridique de Led’a aussi,
pour avis. D. me conseille de faire un courrier en soulignant les
incohérences et de demander l’annulation du contrôle. Je vais commencer la
rédaction dans quelques jours, lorsque j’aurai digéré la chose.
Mercredi 1er Avril,
Strasbourg
Un tout petit peu remise de mes émotions, j’ai envoyé le
courrier ci-dessous, en espérant avoir une suite favorable.
Je pense qu’il a toute sa place dans mon journal, car il
explique notre démarche éducative et démontre comment un choix de pédagogie non
conventionnelle peut se heurter à la rigidité d’une institution qui se croit
encore, malgré tous les rapports négatifs (PISA et autres), toute puissante.
Strasbourg, le 1er Avril 2015.
Madame.....
Directeur
académique des services de l’éducation nationale du Bas-Rhin.
65
avenue de la Forêt-Noire
67083
Strasbourg Cedex
Objet : Observations
concernant le rapport du contrôle de connaissances de mon enfant B. et
demande d’annulation du second contrôle.
Copie : service juridique
de LED’A
Madame
la Directrice,
J’ai bien réceptionné le rapport
du contrôle pédagogique que ma fille B., née le 6 Octobre 2001, a subi le 5
Février dernier dans vos locaux.
Ce n’est pas sans surprise que
j’ai pu constater qu’elle sera convoquée de nouveau la seconde quinzaine de mai
pour subir un second contrôle.
Je lis en bas de la fiche de
synthèse : « Ensemble alarmant. B. travaille mais trop
superficiellement. Les apprentissages doivent être consolidés et les exercices
plus exigeants »
Une fois le choc et l’émoi passés
(B. a pleuré toutes les larmes de son corps en me disant ‘mais c’est
injuste, ils ne me connaissent pas, c’est pas en une matinée qu’ils peuvent me
juger’), j’ai repris point par point avec elle les remarques des professeurs et
nous y avons trouvé plusieurs incohérences, sur lesquelles je reviendrai.
Tout d’abord, j’aimerais faire un
petit historique de notre passionnante aventure d’IEF.
Cela a commencé en 2004 avec
notre aînée R., qui a aujourd’hui 21 ans et est titulaire d’une licence
LEA Anglais-Japonais. Elle n’a pas été scolarisée pendant le collège ni le
lycée, a obtenu son brevet avec deux ans d’avance (petit défi personnel) et son
bac avec un an d’avance. Elle n’a jamais été extraordinaire lors des contrôles
pédagogiques et a obtenu son DNB et son Bac très moyennement mais s’est
épanouie et a fait des merveilles à l’université. Elle a validé ses années de
licence avec 13 de moyenne et a été sélectionnée pour le programme ERASMUS.
Elle a eu la chance de passer un semestre à Nottingham. Riche de cette
expérience, elle vit aujourd’hui à Londres et prévoit de poursuivre en Master
Gestion de projets environnementaux (oui cela est faisable en Angleterre,
l’orientation étant moins cloisonnée).
Ensuite, A. , aujourd’hui 16
ans et demi a suivi les traces de sa grande sœur car il a pu observer avec
quels liberté et bien-être sa grande
sœur évoluait. Il est inscrit cette
année aux Epreuves Anticipées du Baccalauréat. Ses contrôles se sont toujours
assez bien passés et il a passé le DNB avec un an d’avance sans préparation
particulière puisqu’il a été surpris par un problème de santé grave (opération
d’une scoliose évolutive fulgurante). Il a donc choisi de passer le DNB avant
de se faire opérer et de se consacrer à sa santé. Aujourd’hui, il va bien et se
prépare tranquillement au Baccalauréat qu’il n’aura certainement pas avec mention
mais qui sera pour lui le passeport pour l’université. Il est passionné
d’informatique, code en plusieurs langages et nous n’avons aucune appréhension
quant à son avenir universitaire et professionnel.
Vient ensuite B., l’objet de
notre litige aujourd’hui. B. est moins audacieuse que ses aînés et n’a pas
souhaité passer son brevet en avance. Elle travaille régulièrement et avec
plaisir. Elle a parlé d’autonomie et d’autogestion pédagogique. En effet, c’est
la pédagogie que j’utilise mais autogestion pédagogique ne signifie pas absence
d’encadrement. Je suis avec elle tous les matins et reste à sa disposition pour
toute aide et toutes explications sollicitées. Ce principe, inspiré de la
pédagogie Freinet, a très bien fonctionné avec ses aînés et porte ses fruits
avec B.. Encore une fois, c’est à l’université que les bénéfices de cette
méthode se voient le plus. Etre acteur de ses apprentissages permet de
construire plus lentement mais plus sûrement ses connaissances.
B. se présente également aux
contrôles avec plus de stress et d’angoisse que ses frère et sœur. C’est son
tempérament et ce sont les raisons pour lesquelles elle est inscrite au théâtre
(depuis 3 ans) et à l’équitation (depuis cette année). Elle s’épanouit au
théâtre et est un pilier du groupe et elle vient de passer son premier galop
avec brio. Le rapport à l’animal lui apporte beaucoup de confiance en elle.
Je reprends maintenant la fiche
de synthèse.
Français :
Malgré une expression écrite et orale
correcte, l’évaluation a révélé un grand manque de structure et des lacunes
dans les apprentissages. Le texte proposé n’a pas été vraiment compris. Les
programmes de 4ème et de 3ème et les exercices de DNB ne
sont pas travaillés. Ensemble
inquiétant.
Je me permets de rappeler qu’au
début du mois de Février, nous en sommes au second trimestre de la 4ème
et que les programmes (complets ?) de 4ème et de 3ème
ne soient pas encore travaillés n’est pas une catastrophe. Je prends note des recommandations du
professeur et ferai travailler B. de façon plus formelle pour la grammaire.
Je précise qu’elle rédige très bien et qu’elle a une orthographe très correcte
comparée à sa génération. (Je parle en connaissance de cause et accueille de
nombreux élèves de 3ème en stage d’observation, dans le cadre de mon
travail, qui ne savent pas écrire une
phrase sans faute ni calculer de tête !).
Histoire-Géographie : Les documents n’ont été compris qu’avec de l’aide.
Connaissances et repères maîtrisés. La rédaction longue et les notions sont à
travailler.
Je reprends la fiche du
professeur et y lis :
- - Compréhension
correcte des documents, après explication.
- - Maîtrise
satisfaisante des connaissances historiques et des repères géographiques (revoir
la localisation des océans cependant).
Que faut-il de plus ? Elle a
peut-être demandé quelques explications au professeur… N’est-ce pas une démarche saine et
intelligente ? B. se souvient même avoir été félicitée par le
professeur.
Mathématiques :
De nombreuses lacunes. Il faut travailler avec plus de rigueur et s’entraîner
davantage par des exercices qui doivent être corrigés.
Je suis très étonnée car B. avait bien préparé son contrôle en revoyant les notions fondamentales. Elle
utilise en effet des vidéos en ligne de professeurs qui proposent des exercices
sur tableau qui sont systématiquement corrigés. Elle redoublera d’effort. Elle
nie fermement avoir dû utiliser un rapporteur lors du contrôle et j’ai retrouvé
un brouillon démontrant qu’elle a réussi les exercices de puissance de 10. Ces
éléments me font douter du sérieux de ce rapport de mathématiques.
Anglais :
Niveau A2. Des connaissances et des compétences mais pas assez complexes ni
approfondies.
Je lis dans le rapport du
professeur :
-Bonne compréhension d’un texte,
capable d’extraire des informations.
-Peut se présenter, parler de sa
vie quotidienne, exprimer ses goûts.
-Réagit et interagit.
-Comprend les consignes.
-Répond aux questions, reformule
quand on lui demande.
Je prends acte des
recommandations et continue à faire confiance en notre méthode qui est de
regarder des séries en VO, de traduire systématiquement les chansons anglaises
écoutées etc… Sa grande sœur est aujourd’hui bilingue (Français Anglais)et sait
lire le Japonais, le Chinois et l’Arabe, son grand frère a, à 16 ans, largement
le niveau bac (cf contrôles pédagogiques précédents) grâce à sa passion pour
l’informatique.
L’apprentissage des langues est au cœur de nos priorités.
Je précise également que B. a
passé l’ASSR 1 l’an dernier au collège Maxime Alexandre et qu’elle l’a obtenu
avec 18/20.
Enfin, je souhaite avoir accès à toutes les productions de B. le jour du
contrôle pour constater ses lacunes de mes propres yeux et y remédier de la
meilleure des façons.
Je demande également une annulation du second contrôle
prévu en mai prochain, qui ne sera
aucunement productif et sera une source de stress inutile pour B.
Je vous informe également que, compte-tenu de l’interprétation qui a été faite de ce
contrôle, je resterai en présence de
B. pour les prochains contrôles comme la loi m’y autorise et comme
certaines familles de Strasbourg le font.
Je pratique l’IEF depuis plus de
10 ans maintenant, me suis nourrie de nombreuses lectures de AS Neill à Freinet
en passant par Krishnamurti, Dewey et tant d’autres…
Je suis actuellement en Master 1
de Sciences de l’Education et ma problématique de recherche est ‘En quoi le
mode d’Instruction En Famille peut-il être facilitateur d’autogestion
pédagogique ?’. J’ai validé ma Licence avec mention bien.
Je précise cela pour montrer que
je ne prends pas cette mission à la légère. B. est encadrée et réellement
privilégiée comparée à de nombreux enfants en échec scolaire dans le système.
Elle a peut-être eu quelques faiblesses le jour du contrôle mais n’est
aucunement en difficulté. Je suis soucieuse de sa réussite et B. ira
jusqu’au bac général sans encombre.
Enfin, conformément à l'article 3 de la loi n° 78-753 du 17
juillet 1978, je vous demande de consigner ces observations à l'égard des
conclusions du rapport concernant
la vérification de l'enseignement de mon enfant B. née le 06
Octobre 2001, instruite en famille, en annexe du document concerné.
Soyez assurée que je mettrai tout en œuvre pour préserver notre
liberté d’instruction.
Bien cordialement,
Je l’ai envoyée à D. du service juridique.
Elle me dit que le courrier est top et me remet la puce à l’oreille en me
disant qu’il y a de nombreuses discriminations envers les familles musulmanes.
(Je ne me suis jamais présentée comme musulmane mais elle a dû faire le lien en
voyant les prénoms de mes enfants) Elle me dit qu’on peut saisir la Halde et
frapper plus haut (le Ministère de l’Education).
Je ne veux toujours pas rentrer dans cette
logique de victimisation et continue à me défendre avec des arguments
pédagogiques. Mes coreligionnaires se mettent de plus en plus à faire ‘l’école
à la maison’ (surtout en région parisienne) mais pas pour les bonnes raisons.
Ils veulent souvent éviter que leurs enfants fréquentent les non musulmans, ce
qui est pour moi une aberration. Il est possible qu’indirectement, je subisse
les dérives de ces familles à tendance sectaires, mais peu importe, je me
battrai jusqu’au bout pour la liberté d’instruction qui est un droit
fondamental dans notre pays.
Mercredi 22 Avril 2015, Strasbourg.
Je reçois une réponse de l’IA.
Le contrôle est maintenu mais pour une seule
matière : les Mathématiques. J’avoue ne pas comprendre l’intérêt de lui
faire subir un contrôle dans une seule matière.
J’ai le sentiment qu’ils ne veulent ou ne
peuvent s’incliner complètement et le maintiennent par principe. D., du
service juridique, m’a mise en garde : aller au second contrôle, c’est
prendre le risque de recevoir une injonction de rescolariser.
J’en parle à B., qui me dit qu’elle ne veut pas
se présenter au second contrôle.
Vendredi 24 Avril 2015, Strasbourg
Je tente le tout pour le tout et demande une
annulation totale du second contrôle.
Voici le courrier que j’ai rédigé.
Strasbourg, le 24 Avril 2015.
Madame
Directeur
académique des services de l’éducation nationale du Bas-Rhin.
65
avenue de la Forêt-Noire
67083
Strasbourg Cedex
Objet : Demande
d’annulation du second contrôle.
Copie : service juridique
de LED’A
Madame
la Directrice,
C’est assez agréablement surprise
ce matin que j’ai réceptionné votre courrier où vous indiquez avoir reconsidéré les fiches bilans.
Je vous remercie d’avoir apporté
de l’intérêt et du crédit à mes observations. Cela va dans le sens du rapport
de coopération que j’ai toujours voulu entretenir avec l’Inspection de l’Académie
dans le cadre de l’Instruction en Famille que je dispense à mes enfants.
Toutefois, je me questionne sur
les tenants et aboutissants de ce second contrôle. Pourquoi les contrôles se
sont-ils subitement durcis ?
Pourquoi les enfants instruits en
famille doivent-ils être plus performants que les enfants scolarisés ?
Ne pas être très doué dans une
matière (en admettant que B. soit faible en Maths) est-il si catastrophique
dans la vie d’un enfant ?
Je me souviens qu’à l’époque où
les contrôles de connaissance avaient lieu au collège de Molsheim où l’accueil
était très désagréable par la Directrice d’alors, R., la sœur ainée de B. avait fait un blocage en Maths.
Ceci est vérifiable dans vos archives. Le blocage avait été clairement décrit
sur la fiche bilan et R. n’avait pas été reconvoquée dans cette matière.
Cela ne l'a pas empêchée de poursuivre ses études au-delà du baccalauréat.
Je ne m’acharnerai pas à mettre
en cause les compétences du professeur de Mathématiques qui a contrôlé B. et revendique son droit à être faible dans une matière sur quatre.
D'ailleurs, la lettre d'information juridique N°135, mai 2009 de
la direction des affaires juridiques du ministère de l’Éducation nationale
indique également dans son commentaire du jugement n° 0800679 du 19 mars 2009
du tribunal administratif de Besançon clairement qu’ «il s’agit ici de vérifier le sérieux de
l’enseignement dispensé, et non de procéder à un contrôle de connaissances sur
chaque élève. ».
Le contrôle doit vérifier que
l’enseignement est dispensé et que l’enfant évolue, ce qui est le cas pour
B.. Il n’est pas stipulé que l’enfant doit
être performant dans toutes les matières ; les enfants scolarisés
ne sont pas tous des as en Mathématiques, n’est-ce pas ?
Je demande donc une annulation de
la convocation du 20 Mai 2015.
Enfin, conformément à l'article 3 de la loi n° 78-753 du 17
juillet 1978, je vous demande de consigner ces observations à l'égard des
conclusions du rapport concernant
la vérification de l'enseignement de mon enfant B. née le 06
Octobre 2001, instruite en famille, en annexe du document concerné.
Bien cordialement,
Lundi 27 Avril 2015, Strasbourg.
Je suis assez nerveuse ces
jours-ci avec ce qui nous arrive.
Pour la première fois depuis
longtemps, je me suis énervée sur les enfants en leur disant qu’ils se la
coulaient trop douce, qu’il ne faudrait peut-être pas perdre de vue que les
examens arrivent (Bac de Français pour A., 16 ans en fin d’année et le DNB pour
B. l’an prochain).
Mon fils ne décolle pas de son
ordi. Je sais qu’il apprend tout un tas de choses et utilise cet outil à bon
escient mais je ne le vois pas noircir assez de papier. Cela me stresse un peu.
Il a une culture générale très vaste mais voilà, ça ne colle pas avec le
programme.
Il n’est plus contrôlé
puisqu’il a 16 ans révolus mais le Bac arrive et s’il veut faire son DUT
d’informatique, il vaudrait mieux avoir de bonnes notes au bac.
Ces **** de l’EN réussissent à
ébranler mes convictions.
Ou non, plus justement, ma
fierté en a pris un coup et je ne veux pas leur donner le bâton pour me faire
battre.
Difficile de faire des choix hors
normes dans cette société.
Samedi 09 Mai 2015, Strasbourg.
Aujourd’hui je surfais sur le net et essayais de
lire des jurisprudences de cas de personnes qui ont reçu des injonctions de
scolarisation. Je me dis que nous avons les moyens de nous défendre le cas
échéant.
Je suis tombée sur un article d’une blogeuse que
je suis. Voici ce qu’elle écrit :
La ministre de l’Education
Nationale a mis en place onze mesures le 22 janvier dernier suite à
l’attentat du 7 janvier. Onze
mesures « issues de la grande
mobilisation de l’École pour les valeurs de la République ».
L’une de ces mesures concerne l’instruction en famille.
Dans la Mesure 9,
« une action en faveur des publics les plus fragiles », il est écrit entre autre que les
risques de repli
chez les jeunes, pouvant représenter un danger pour
eux-mêmes et pour la vie collective, seront mieux repérés. Les chefs
d’établissement recevront une formation renforcée à la détection des signes
précurseurs des pratiques de repli et de radicalisation. « L’instruction à domicile fera l’objet d’un contrôle
renforcé, impliquant des équipes pédagogiques en appui aux corps d’inspection
effectuant actuellement les contrôles. À cette fin, des professeurs seront
missionnés pour venir en appui aux corps d’inspection effectuant actuellement
ces contrôles. Des repères seront donnés afin de mieux évaluer la progressivité
des apprentissages. »
L’interprétation peut être
très différente selon le point de vue où l’on se place. Le renforcement
des évaluations de la progressivité des apprentissages peut-il prévenir les
risques de repli chez les jeunes instruits à domicile ? Les
contrôles actuels encadrent déjà de façon satisfaisante la pratique de ce
type d’instruction. Est-ce une mesure destinée à recadrer simplement
l’obligation d’une instruction de qualité pour tous, et de ce fait continuer à
prévenir tout risque de dérive sectaire et de repli ? Ou symboliquement un
rappel destiné aux parents quant à la nécessité d’être vigilant dans ce
contexte socialement fragile ? Quel pouvoir auront ces professeurs missionnés
pour venir en appui aux inspecteurs et pédagogues lors des visites
au domicile des familles ?
Les association LEDA, LAIA,
CISE, PIF et Collect’IEF ont envoyé une lettre à la ministre afin de lui
demander un entretien et discuter de ce point et d’autres tels que
le socle, le texte rendant obligatoire l’école en cas de désaccord parental,
l’ARS…
http://www.oumzaza.fr/
J’ai fait lire ce texte à B. Elle fut
soulagée et en colère en même temps. Je sens qu’elle prendra le même chemin que
sa sœur aînée et quittera un jour cette France qui devient ‘nauséabonde’.
Au
fond de moi, j’espère que les choses s’arrangeront et que nous ne perdrons pas
cette liberté d’instruction. Chaque année, des propositions de lois sont faites
pour interdire l’IEF et sont jusque là refusées.
Il
faut savoir qu’en Allemagne, l’IEF n’est pas autorisée. L’interdiction date
d’Hitler, qui voulait que tous les élèves soient formatés de la même façon et
n’a jamais été levée jusqu’à aujourd’hui.
Quelques
familles allemandes sont venues s’installer en Alsace pour pouvoir instruire
leurs enfants.
Mercredi
13 Mai 2015, Strasbourg.
J’ai reçu aujourd’hui la réponse de l’IA. Une réponse ferme
qui maintient le contrôle de Mathématiques. Ils ne veulent rien lâcher.
La directrice académique souligne que « une opposition
de la famille au contrôle pédagogique constitue une infraction, que cette
opposition se traduise par un refus du contrôle ou par des entraves manifestes
à son déroulement. » Elle ajoute : « Une telle situation
justifierait que je la signale au Procureur de la République ».
Le ton est donné.
Je parle avec B. Nous nous mettons d’accord pour y aller.
Elle pose comme condition que je sois présente avec elle pendant le contrôle.
Je suis confiante et l’encourage à revoir les notions
fondamentales de mathématiques.
Mercredi 20 Mai 2015,
Strasbourg.
Second
jour noir. Nous nous sommes rendus dans les locaux de l’Inspection de
l’Académie pour honorer la convocation pour le contrôle de Maths et un
entretien avec l’Inspectrice.
B. avait posé comme condition que je reste avec elle pendant le contrôle. J’explique notre volonté au prof de maths qui n'a pas du tout apprécié, a retourné la situation et a dit que j'étouffais ma fille, que c'est moi qui la stressais.
Il
m' a dit moi je suis prof de maths, je ne parle jamais de maths avec mon fils.
Avez vous déjà vu un médecin soigner ses enfants?
Bref
des inepties...
J'ai
fait des allers retours pour soutenir B. et elle a fini par craquer et pleurer.
Ensuite
pour la restitution de ce qu'elle avait préparé, j'ai demandé à m'asseoir avec
eux et j'ai vu qu'elle a fait un vrai blocage. Elle n'a pas réussi à faire
grand chose.
Ensuite
nous avons rencontré l'IA. C’était la même que pour le précédent contrôle.
J’aurais préféré en avoir un/e autre afin de garantir l’impartialité.
Elle
a vu que B. suffoquait encore et était très déstabilisée. Nous avons
discuté. Elle était souriante et nous rassurait en disant qu'elle ne fait pas d'inquisition,
que c'est pour le bien de B. bla bla bla.
En
la quittant, je l'ai testée en disant 'à l'année prochaine'. Elle a arboré un
grand sourire et m'a dit : "A l'année prochaine".
Mais
je n'ai aucune confiance en elle.
Je
suis un peu angoissée mais je m'accroche à l'idée qu'on ne peut nous envoyer
une injonction de rescolariser pour une seule matière...
J’ai
beaucoup de peine pour B., qui ne devrait pas avoir à vivre cela. Je l’ai
rassurée en lui disant qu’elle ne retournera pas à l’école, qu’elle est
beaucoup plus géniale qu’ils ne le sauront jamais, qu’ils sont psycho-rigides
et ont des oeillères. Je ne sais pas si j’utilise les bons mots pour la
rassurer. Je lui ai suggéré l’idée de vivre avec sa sœur à Londres jusqu’à ses
16 ans s’ils nous envoient une injonction de scolarisation. Elle a retrouvé le
sourire.
Quoiqu’il
en soit, nous ne nous soumettrons pas.
Il
n’y a plus qu’à attendre.
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